1 décembre 2023

Histoire de la Capoeira

Les origines de la Capoeira

Il y a de cela 400 ans, la Capoeira vit le jour au Brésil, dans le but de rendre leur liberté à des esclaves éreintés. La Capoeira fut synonyme d’espoir pour ces esclaves noirs. Cet art martial atypique a puisé ses racines dans la culture afro-brésilienne. Bien plus qu’une pratique de combat, il s’agit avant tout d’une manière d’être et d’une toute autre vision du monde.

C’est d’ailleurs ce que les capoeiristes démontrent, lorsqu’ils forment la RODA, ou le cercle qui symbolise la liberté et le monde. Les esclaves noirs du Brésil décidèrent d’apprendre à développer des pratiques de combat en évitant d’éveiller les soupçons des colons. Ils choisirent d’y inclure les chants et instruments de musique afin de pouvoir continuer à rendre hommage à leurs ancêtres et à maintenir le lien de leurs origines.

La capoeira est en quelque sorte une évolution et un métissage des cultures qui a donné une pratique afro-brésiliennes très intéressante. Cet art martial multiculturel est le reflet du métissage des populations. En effet, il est intéressant de noter que d’autres esclaves provenant d’autres nationalités subirent également la déportation au Brésil.

Bon nombre de personnes se demandent encore si la Capoeira puise son origine d’Afrique ou du Brésil. S’il est vrai que les mouvements sont grandement tirés des danses traditionnelles africaines ainsi que des animaux africains, la véritable Capoeira vit le jour au Brésil. Ce fut la déportation des esclaves noirs Africains au Brésil qui en fut la véritable racine.

Cela se passa entre le 16ème et 19ème siècle. Près de 4 millions d’esclaves noirs (hommes et femmes compris) furent déportées de différents pays d’Afrique. Ces derniers venaient principalement du Congo, d’Angola, du Soudan, du Gabon et de Mozambique. Ils furent amenés au Brésil principalement pour y travailler comme main d’œuvre dans les champs de coton et de canne à sucre.

La Capoeira est d’ailleurs devenue un sport de combat au patrimoine culturel exceptionnel. En effet, elle représente une histoire unique et transmet des valeurs essentielles telles que le respect, l’authenticité la tolérance et surtout la solidarité. Voilà maintenant 30 ans que la Capoeira est pratiquée en France ainsi que dans les grandes villes d’Europe. Les français montrent d’ailleurs un engouement particulier pour cet art martial afro-brésilien.

Des mouvements de lutte en musique

La capoeira est née du désir de liberté des esclaves. Elle est apparue au Brésil à l’époque esclavagiste, suite à la manière brutale dont les esclaves africains ont été déportés. Suite à une rude journée de travail dans les champs de canne à sucre, ils se réunissaient dans des « senzala », qui faisaient office de retraite et d’habitation des esclaves noirs déportés.

C’est là que tout se passait : Ils s’y reposaient, y vénéraient leurs ancêtres et s’adonnaient à la pratique de la capoeira. Maintenir leur tradition était loin d’être chose aisée, étant donné que le joug des colons portugais pesait sur eux.

Si au départ la capoeira traditionnelle pouvait se passer de musique et de chants, les mouvements se sont rapidement modifiés pour s’imprimer dans chacun des pas de danse. La lutte et le rythme des tambours devinrent bientôt indissociables. A cette époque, bon nombre d’esclaves parvinrent à s’enfuir et ne le purent que grâce à la capoeira pratiquée en art martial. En effet, leur corps était la seule véritable arme à leur disposition.

Ces fugitifs se cachaient le plus souvent au bord des chemins et se dissimulaient dernière la repousse d’herbes sauvages. D’ailleurs, cette repousse de mauvaises herbes s’appelle aujourd’hui « capoeira » en langue portugaise.

Abolition de l’esclavage

L’esclavage fut enfin abolit vers la fin du 19ème siècle. Toutefois, les adeptes de cet art ne possédaient plus la moindre idéologie, ni le moindre code d’honneur. Les capoeiristes de l’époque durent faire face à la misère et à la pauvreté. Ce ne fut donc plus la soif de liberté qui conduisit les capoeiristes à pratiquer leur art martial : ce fut le besoin de survivre. Ils se mirent ainsi à piller les commerçants et les personnes aisées. Les débordements de ces pratiquants furent d’ailleurs tellement réguliers que ce fut la capoeira en elle-même qui souffrit d’une mauvaise image. En effet, voilà maintenant trop longtemps que la capoeira fut associée à une mauvaise éducation et à une mauvaise vie. Le gouvernement fut donc dans l’obligation de prendre des mesures radicales, emprisonnant ainsi tous les capoeiristes et interdisant la pratique de ce sport dans tous le pays.

La capoeira mise en avant par la guerre du Paraguay

La guerre du Paraguay contre l’Argentine (de 1864 à 1870) fut l’une des plus sanglantes que connut le Brésil. L’armée brésilienne ne parvint bientôt plus à faire face, aussi le gouvernement décida de proposer un pacte aux prisonniers coupables de pratique de capoeira. Le deal était que les capoeiristes devaient être libérés dans le cas où ils en reviendraient vivants et triomphants. C’est ainsi que de braves capoeiristes armés de couteaux partirent s’engager dans des combats sanglants. Les techniques et mouvements traditionnels des capoeiristes menèrent le Brésil à la victoire. Dès lors, la population reconnue l’héroïsme dont les capoeiristes ont su faire preuve. Le très célèbre chant de capoeira « Paranaê, Parana » fut alors entonné dans tout le pays.

La première académie de Mestre Bimba

Mestre Bimba

Malgré le fait que les capoeiristes furent acclamés en héros suite à la guerre du Paraguay contre l’Argentine, l’art martial en lui-même fut encore interdit sous peine de travaux forcés. En effet, considéré comme étant trop puissant, ce sport de combat inquiétait le gouvernement qui souhaitait garder les capoeiristes sous surveillance. La capoeira résista néanmoins et survit au temps en cachette. Elle refit par la suite surface en 1930, grâce à Mestre Bimba. Il s’agissait d’un Maître de capoeira en provenance de Bahia, qui présenta son art martial devant Getulio Vargas, le président de l’époque. Il faisait face à d’autres arts martiaux asiatiques techniques de combat. Ce dernier décida de tolérer cette pratique comme tous les autres arts martiaux, à la condition sine qua non que la capoeira soit pratiquée dans des lieux fermés.

Ce fut à partir de ce moment que les techniques et mouvements de capoeira commencèrent à être codifiés en vue d’une institutionnalisation et d’un apprentissage de masse. La capoeira régionale vit alors le jour et la première académie de ce sport de combat fut ouverte. Mestre Bimba voulu instaurer une nouvelle ère où la capoeira serait synonyme de respect, tant à Bahia et à Rio de Janeiro que partout à travers le monde. Et même en Europe jusqu’à Paris.

Etant une discipline acrobatique et particulièrement physique, la capoeira nécessite que son pratiquant soit doté d’une grande force de caractère et de détermination. Si les chants et les instruments servaient autrefois à dissimuler l’entrainement de lutte aux colons portugais, elle fut conservée et devint le tempo du jeu. Ainsi, un capoeiriste apprend à la fois à se battre et à danser.

La capoeira Régional et la Capoeira Angola

Les deux principales académies de capoeira à l’époque furent l’Angola et la Régionale. Il s’agit de deux variantes de ce sport de combat qui se différencient, tant par le style que par le rythme des musiques. Lorsque l’Angola est davantage considéré comme étant un jeu de combat des rues, la capoeira Régionale s’inscrit comme étant un genre d’art martial de loisir en vue d’un spectacle de danse. Mestre Bimba transformait volontairement la capoeira afin qu’elle puisse être acceptée de tous et admise comme étant un art véritable et non comme étant une pratique de mécréants.

Il utilisait les mouvements de la capoeira traditionnelle, tout en innovant et en y ajoutant des techniques en provenance de la boxe, du jiu-jitsu et d’autres arts martiaux asiatiques. Mestre Bimba fonda la première académie de Capoeira nommée « Centre de Culture Physique et de Lutte Régionale Bahianaise »

Un cours de Capoeira Régional est divisé en deux parties distinctes : La première partie est purement physique, basée sur l’échauffement, l’entrainement et l’endurance. La seconde partie consiste à un apprentissage musical, c’est à dire à l’utilisation des instruments et à la pratique des chants traditionnels. Une séance se termine toujours par la « RODA », qui consiste en la mise en pratique des enchainements et jeux étudiés. Tous les élèves se mettent en rond et enchainent des mouvements appris un à un. S’ajoute à cela une part d’improvisation personnelle, afin de laisser libre cours au talent de chacun.

Un peu plus tard en 1941, la capoeira Angola fut améliorée par Mestre Pastinha, qui fonda également son école : le « Centro Esportivo de Capoeira Angola ». Son objectif fut de démontrer que la capoeira traditionnelle pratiquée par les esclaves venus d’Angola à l’origine n’avait rien de répréhensible. Si elle était autant apparentée à un combat des rues, c’était uniquement à cause de ce que l’on en faisait. Ce fut Mestre Pastinha qui aurait introduit l’Atabaque parmi les instruments de musique utilisés dans séances d’entrainement de capoeira. Les mouvements effectués imitaient le plus souvent ceux des animaux résidants aux alentours des tribus d’époque, tels que le crocodile, l’autruche, le lion et le singe.

Les origines étymologiques et culturels de la Capoeira

Le mot capoeira vient du mot « capão », qui signifie « coq » en portugais. En effet, les esclaves noirs du Brésil étaient autrefois semblables à des poules en cage. La capoeira aura contribué grandement à leur libération. Le mot capoeira serait également un mot d’origine tupique, provenant des indiens du Brésil. Dans la langue Tupi Guarani, le mot capoeira signifie « bois renaissant suite à un abandon de culture ». Les portugais ont utilisés le terme capoeira pour indiquer les mauvaises herbes dans lesquelles les capoeiristes fugitifs se cachaient.

Un peu plus tard, le terme « capoeiragem » naquit au sein de la police et du gouvernement qui souhaitaient lutter contre le comportement anti social des anciens esclaves. Ainsi, le capoeiristes furent jugés, montrés du doigt et subirent une ségrégation. De nos jours, la capoeira est également connue sous d’autres noms tels que « brincadeira de Angola », « jogo de mandinga » ou encore « jogo de São Bento ».

Il faut savoir que la déportation des Africains au Brésil n’est pas venue à bout de leurs US et coutumes, ni de leurs religions. Ainsi, les esclaves noirs du Brésil dénichèrent des astuces leur permettant de continuer à pratiquer leurs arts et religions sans éveiller les soupçons des colonisateurs. Le Candomblê, par exemple, est une religion intimement liée au développement de la capoeira.

Il s’agit d’une religion basée sur l’adoration d’un dieu unique, tout en honorant d’autres divinités appelées Orixàs ou « masculin ». Les cérémonies sont déroulées dans des « Terreiros » ou lieux en plein air. Chants, tambours et percussion sont à l’honneur.

Aujourd’hui, l’on retrouve encore l’influence du Candomblê dans les textes de chansons de la capoeira ainsi que dans le rituel de la RODA et dans l’usage de certains instruments de musique. Toutefois, il est intéressant de préciser que la capoeira n’est pas une religion mais un art martial qui se développe aujourd’hui à travers le monde entier et même dans les films.